Quand on cherche un roadster allemand des années 1950 pour rouler, pas seulement pour exposer, le choix se resserre vite entre la BMW 507 et la Mercedes 300 SL roadster. Deux voitures produites en quantités confidentielles, deux V8 (ou six cylindres côté Stuttgart), deux carrosseries qui arrêtent les passants. Le réflexe serait de considérer la 300 SL comme la reine incontestable du segment. Les résultats récents des grandes ventes aux enchères racontent une histoire plus nuancée.
BMW 507 contre Mercedes 300 SL : la cote ne dit plus la même chose qu’il y a dix ans
Longtemps, la Mercedes 300 SL roadster dominait la 507 en valeur de marché, parfois de très loin. Ce n’est plus aussi net. Les analyses de marché récentes, notamment celle publiée par Borro en 2026, montrent que les BMW 507 en état concours atteignent ou dépassent le million d’euros, et se situent dans la même fourchette que les 300 SL roadster bien documentées.
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Côté Mercedes, les données Hagerty et les résultats de Pebble Beach indiquent une hausse modérée, de quelques pourcents par an depuis 2024, sur les 300 SL roadster en bon état. Pas d’explosion spéculative, plutôt un actif stable dans le très haut de gamme. Les Gullwing coupé et certains prototypes restent plus volatils.
Pour un acheteur qui hésite entre les deux, la 507 n’est plus le choix « bon marché » qu’on pouvait imaginer. On est sur des niveaux comparables, avec un avantage à la 507 en termes de rareté brute : la production totale reste nettement inférieure à celle de la 300 SL toutes versions confondues.
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Moteur et châssis : deux philosophies de roadster à l’usage
Sur route, la différence se ressent dès les premiers kilomètres. La BMW 507 embarque un V8 en aluminium, souple, avec un couple disponible assez bas dans les tours. Le caractère est celui d’un grand tourisme rapide : on avale les nationales sans forcer le moteur, la boîte manuelle accompagne sans brutalité.
La Mercedes 300 SL roadster, avec son six cylindres en ligne à injection mécanique Bosch, propose un tempérament plus sportif, plus pointu. L’injection directe, une technologie de course à l’époque, donne un surcroît de puissance dans les hauts régimes. En contrepartie, l’entretien de ce système d’injection demande un spécialiste, et les retours varient sur la facilité de réglage selon les mécaniciens consultés.
Ce que ça change pour un usage régulier
- La 507 est plus facile à entretenir au quotidien : mécanique V8 classique, pièces moins spécifiques que le système d’injection Bosch de la 300 SL
- La 300 SL offre un agrément de conduite plus nerveux, avec un châssis tubulaire léger conçu pour la compétition à l’origine
- Les deux voitures exigent un suivi rigoureux de la carrosserie en aluminium (507) ou en acier/aluminium (300 SL), sensible à la corrosion si mal protégée
Pour celui qui veut rouler régulièrement, y compris sur des rallyes de régularité, la 507 pardonne davantage les approximations mécaniques. La 300 SL récompense un pilotage plus engagé, mais punit plus vite un entretien négligé.
Design et carrosserie : pourquoi la 507 a changé de statut
Le design de la BMW 507 est signé Albrecht von Goertz. Lignes tendues, long capot, calandre double rein fine, flancs sculptés sans excès. C’est une voiture qui paraît contemporaine posée à côté de roadsters produits vingt ans plus tard. Cette qualité de dessin explique en partie la réévaluation de la 507 par les collectionneurs : la ligne vieillit mieux que celle de la plupart de ses rivales.
La 300 SL roadster, elle, joue sur un registre plus muscleux. Les ouïes latérales, le capot bombé, les chromes généreux ancrent la voiture dans son époque. Magnifique, sans discussion, mais plus datée visuellement. Sur un concours d’élégance, les deux modèles attirent des regards différents : la 507 séduit par sa pureté, la 300 SL par sa présence.

Investissement collection : quel roadster allemand des années 1950 privilégier
Si on raisonne en placement, les deux voitures présentent des profils distincts. La 300 SL roadster bénéficie d’une notoriété mondiale, d’un réseau de clubs actif et d’un historique de ventes long. C’est le choix rassurant, celui qui trouve toujours preneur.
La 507 est un pari plus typé. La production très limitée, combinée à une reconnaissance croissante sur le marché international, crée un effet de rareté que la 300 SL, malgré ses propres chiffres de production modestes, ne peut pas égaler. Borro souligne d’ailleurs que la 507, longtemps considérée comme un échec commercial, dépasse désormais la 300 SL dans certaines transactions.
Les critères concrets à vérifier avant d’acheter
- Historique de propriété documenté et continu : une voiture sans trou dans son pedigree vaut significativement plus
- Concordance des numéros moteur et châssis (« matching numbers »), un critère qui peut faire varier la valeur de plusieurs centaines de milliers d’euros
- État de la carrosserie aluminium : une restauration complète de caisse sur une 507 représente un budget conséquent, parfois supérieur à celui d’une 300 SL
- Provenance célèbre : les deux modèles ont compté des propriétaires illustres, et cette traçabilité ajoute une prime mesurable aux enchères
On notera qu’un exemplaire « sortie de grange », comme cette 507 de 1957 vendue 2,4 millions d’euros après avoir traversé l’Atlantique, peut atteindre des sommets précisément grâce à son authenticité intacte, même sans restauration cosmétique.
Le choix entre ces deux roadsters dépend finalement de ce qu’on attend d’une voiture de collection. La 300 SL reste la valeur sûre, reconnue partout. La 507 s’adresse à ceux qui préfèrent la rareté absolue et un design que le temps n’a pas entamé. Dans les deux cas, on parle d’automobiles dont la cote n’a aucune raison de fléchir.

